La place d’El Halfaouine a vibré, dans la soirée du lundi 9 mars 2026, au rythme de la cinquième soirée de la quatrième édition de « Tajalliyat El Halfaouine » (Illuminations d’El Halfaouine, 5-10 mars 2026). Malgré la pluie, le public a tenu à marquer sa présence lors de cet avant-dernier rendez-vous, suivant avec engouement une soirée où chant, danse et patrimoine musical tunisien revisité étaient à l’honneur.
La soirée s’est ouverte avec le spectacle « Waddouni », porté par les artistes Imed Amara et Zied Zouari, accompagnés par la Troupe nationale des arts populaires. Cette représentation marquait à la fois la première présentation de ce projet dans le cadre de la manifestation et sa première sortie en dehors des espaces de la Cité de la culture Chedly Klibi à Tunis.
" Waddouni " un spectacle repensé pour le grand public
Produit par le Théâtre de l’Opéra de Tunis à l’occasion du soixantième anniversaire de la Troupe nationale des arts populaires, célébré en février 2023, ce spectacle a été repris près de trois ans plus tard dans une forme scénique pensée pour le grand public.
L’œuvre s’inspire d’une chanson traditionnelle des îles Kerkennah portant le même titre, « Waddouni », sur laquelle Zied Zouari avait travaillé la musique en 2020, durant la période de la pandémie du Covid-19. Après la diffusion d’une première version sur les réseaux sociaux, Imed Amara, maitre du ballet des arts populaires, a proposé d’y associer une création chorégraphique. Les premières étapes du projet ont ainsi été élaborées à distance pendant la pandémie, avant de se transformer petit à petit en un spectacle scénique complet mêlant musique, danse et image.
Le spectacle aborde les thèmes du voyage, de l’éloignement, de la nostalgie, de l’amour, de l’exil et de l’attachement à la patrie. Cette dimension est également portée par les passages poétiques interprétés par la danseuse principale Chaima Ouni, à partir de textes écrits par son père, évoquant l’amour du pays et le sentiment d’appartenance.
L’un des défis artistiques de ce projet résidait dans l’équilibre à créer entre musique et chorégraphie. Le tempo s’est construit dans un dialogue constant avec les mouvements des danseurs, Zied Zouari ajustant parfois la musique pour suivre la dynamique et le rythme de leurs pas.
Le spectacle tisse ainsi une rencontre entre différentes expressions du folklore tunisien, notamment celles des îles de Djerba et de Kerkennah, et des sonorités contemporaines. Cette approche ouvre de nouvelles résonances pour ce patrimoine, en le rapprochant de la sensibilité des jeunes générations, tout en veillant à préserver la singularité et l’esprit qui le portent.
Dans cette démarche, le violon de Zied Zouari occupe une place centrale, véritable passerelle entre tradition et modernité. Sous ses doigts, l’instrument se fait tour à tour écho des sonorités populaires, évoquant le mezoued ou la gasba, puis s’ouvre à des dialogues avec des formations musicales contemporaines, notamment un combo rock.
De cette rencontre naît une tentative de nouvelle synthèse musicale, où les influences se croisent et se répondent, tout en gardant l’identité tunisienne comme fil conducteur de la démarche artistique.
Une nouvelle palette sonore avec Nidhal Yahyaoui
La seconde partie de la soirée a été assurée par l’artiste Nidhal Yahyaoui, qui a présenté un spectacle musical issu d’un projet actuellement en phase d’expérimentation. Cette création se propose d’explorer les différents répertoires de la chanson tunisienne et de les revisiter à travers une approche contemporaine.
Selon l’artiste, ce projet repose sur un travail autour de plusieurs patrimoines musicaux liés à des instruments traditionnels tunisiens tels que la gasba, la zokra, le tambour ou encore le guembri, tout en intégrant des formes musicales comme le malouf ou le chant soufi. Au cours de la soirée, Nidhal Yahyaoui a ainsi offert ainsi au public plusieurs extraits de ce projet qui entre désormais dans sa phase finale de développement L’artiste a également interprété certaines chansons du répertoire populaire appréciées du public, dont « Lasmar Khouya ».
La démarche de Nidhal Yahyaoui dans la réinterprétation de la chanson tunisienne consiste à en préserver les fondements rythmiques et les modes authentiques, tout en l’enrichissant d’une nouvelle palette sonore. Il s’agit ainsi de proposer une lecture contemporaine de ce patrimoine musical sans en altérer l’esprit, et de raviver l’intérêt des jeunes générations pour la musique tunisienne authentique.
Malgré la pluie, le public rassemblé sur la place d’El Halfaouine est resté jusqu’à la fin de la soirée, partageant avec les artistes un moment de fête et de musique. Cette présence fidèle confirme la place qu’occupe désormais la manifestation « Tajalliyat El Halfaouine » parmi les rendez-vous artistiques du mois de Ramadan, un moment dédié à la célébration du patrimoine musical tunisien tout en ouvrant des voies vers son renouvellement.
